hors-champs
Quatre créateurs hors normes exposés dans une grange transformée en galerie

L'événement
Loin de la ville et de ses espaces d’exposition blancs aseptisés, c’est dans le petit village de Sergey, au-dessus d’Orbe, qu’APaRSa organise un événement étonnant et détonnant : une exposition éclair d’artistes singuliers, dans une grange transformée pour l’occasion en galerie atypique. Quel meilleur endroit pour exposer ces créateurs peu conventionnels !
Des petites scènes faites de queues de cerises, des personnages sculptés à la tronçonneuse, des habits improbables, des personnages puissants tout en couleurs… Un autre regard sur notre humanité.
Bernard Viglino, Chavornay
Un regard malicieux de 98 ans qui contemple des décennies de création : fresques, mosaïques, vitraux essaimés dans toute la Suisse romande, tableaux, habits… Une œuvre magistrale ! Mais qui ne s’arrête pas là : aujourd’hui encore, il passe une partie de ses nuits à découper des journaux pour en faire des collages. Récemment, il a recommencé à peindre, toujours la nuit. Sa peinture est foisonnante, passant, selon les époques, d’un style constructiviste à des images floues pour évoquer la vision défaillante de son épouse. Lorsque celle-ci est devenue aveugle, Bernard a reconstruit un monde exubérant autour d’elle, en le lui expliquant : il a couvert les murs de leur maison de milliers de découpages et d’objets, en un savant désordre coloré et joyeux, où tout a une place et communique avec ce qui l’entoure. Il récupère le moindre objet, petit ou grand comme une voiture, et lui donne une nouvelle stature en le peignant ou en le collant !
Bernard est un créateur hors pair. Plâtrier-peintre dans une autre vie, il s’est formé à l’École des arts et métiers de Vevey, avant de collaborer avec des artistes vaudois et valaisans. De ces deux expériences, il a acquis des techniques qu’il a magnifiées par son inventivité et son sens de l’expression. Il a aujourd’hui des difficultés à se déplacer, mais sa passion est restée intacte. Comme il le dit : « À mon âge, il ne faut pas que j’arrête de m’amuser ! »
Pascal Margot, Yvonand
Il est un peu druide, avec ses boissons subtiles de baies et de sèves. Il est poète, avec les mots qu’il métamorphose. Il est sculpteur, à la tronçonneuse, avec les troncs qu’il effile pour en faire des muses des bois, des lutins ou un vieux Suisse. Sa dernière création, il l’a réalisée près de Sergey : une ronde presque grandeur nature de cinq personnages taillés dans un immense tronc de séquoia.
Avant cela, Pascal a été bûcheron puis garde forestier : la forêt était contente. Par obligation, il a dû se reconvertir comme assistant social, sans jamais abandonner la sculpture.
Erik, La Côte-aux-Fées
Un peu comme ces sapins tortueux des pâturages, Erik est un homme costaud, à la vie en zigzag et aux idées qui fusent en permanence. Comme ces arbres, il a tenu tête à la foudre.
Après de longues années dans le monde du spectacle comme éclairagiste, des Rita Mitsouko au Théâtre de Vidy, Erik s’est ressourcé dans ses montagnes, puisant dans la nature les matériaux de ses fantasmes et de ses ressentis. Pas de matériau dit noble chez lui, plutôt de la récupération : des pelures, des écorces, des queues de cerises, des emballages… Il en fait des masques, des personnages, des danseurs.
Depuis deux ans, il travaille à un masque géant, inspiré par sa réaction face aux dérives de notre monde : une sculpture mobile de plus de trois mètres de haut.
Valérie, Lausanne
C’est une femme des plus sensibles, trop peut-être pour supporter la dure rationalité du monde. Depuis son adolescence, Valérie est habitée par des ombres, des démons, des voix, toutes sortes d’intrus, pas toujours bienveillants. La peinture est comme le balancier du funambule : elle aide à traverser le vide. Mais une fois posée sur le papier, le carton ou les carnets, la création de Valérie est bien plus que cela : c’est un cri de liberté, ce sont des appels, c’est la mise en forme d’un puzzle intérieur qui bout.
La décision du geste est spontanée, pas de question : les couleurs fusent, le carton se déchire, la peinture touche.
